Episode 01: J’ai reçu ma facture d’électricité

De retour de Bingué, la Jeune Cadre Dynamique (JCD) “la plus choco d’Abidjan”, Yoyo LaJolie, partage avec nous, ses aventures épicées et parfumées en Côte d’Ivoire!

Un bout de feuille négligemment déposé sur le pas de la porte… Soit c’est une facture, soit c’est une facture !

D’un seul coup d’œil j’ai parcouru la feuille. Ce n’est pas de la littérature, on le voit tout de suite. A force, mes yeux ont développé des réflexes bien précis face à la douloureuse : un coup d’œil en haut à gauche pour connaître l’émetteur du courrier : c’est bien la CIE* ! Et un coup d’œil en bas à droite…

   «-  QUOI ???? (Stupeur)

-      C’est pas vrai ?? (Déception nerveuse)

-      Grrrrrrr ! Aaaarrrrgghhh !!! » (Cris de rage)

Constat : MA FACTURE A DOUBLE !

 

Je m’assoie pour décortiquer la note d’électricité et savoir là où le bât blesse. Charabia dans chaque case du tableau : « index ancien », « index nouveau », « coefficient de lecture », « tranche »… Pfff! Ma facture a doublé, et je ne suis pas d’accord !

 

Je décide de les appeler. J’ai droit à la musique d’accueil. Une minute, deux minutes au bout du fil. Je m’accroche comme une teigne. Ca boue en moi, je sens que je vais passer mes nerfs sur leur service client. Trois minutes, quatre minutes, cinq minutes… Je commence à penser à ma facture de téléphone. Je raccroche. Ils m’ont eu.

Je reviens à mes calculs. Je n’ai pourtant pas changé mes habitudes de consommation ? Bon, ok, il fait chaud en ce moment, et la climatisation tourne à fond, mais de là à doubler ma facture ?! J’additionne, je soustrais, je trifouille les chiffres de chaque case… Je sens que je vais devoir m’y rendre pour demander des explications. Et à ce moment précis, un souvenir monstrueux me traversa l’esprit. J’en ai encore des palpitations.

 Flashback :

Une année, mes parents m’envoient dans les bureaux de la CIE pour résoudre un problème concernant leur quittance. Nous avions reçu un rappel pour non paiement de la précédente facture majorée d’une amende. Ce qui était faux bien sûr et j’allais brandir toutes les preuves. Une fois sur les lieux, on me fait comprendre que je devrais rencontrer la Directrice commerciale qui gère ce type de problèmes, mais celle-ci n’était pas disponible. Je découvris plus tard qu’elle prenait une pause sandwich-spaghetti-tomate (les connaisseurs connaissent !) pendant près de trente minutes.

On m’oriente alors vers la caisse de paiement pour que ma préoccupation soit prise en charge rapidement. (Je ne vois pas trop le rapport – je ne veux pas payer, je veux régulariser ! – mais bon, j’y vais quand même). Je me dirige vers cette fameuse caisse située sous un hangar en dehors de l’établissement principal et qui reçoit par la même occasion une file humaine kilométrique. Je m’avance et je sens tous les regards pointer vers moi. Je me sens dévisagée et j’ai la désagréable impression de ne pas être la bienvenue. Tout en faisant mine d’ignorer cette intimidation, je m’avance vers le guichet :

-      Excusez moi, je veux juste un renseignement, ça ne prendra que quelques secondes. Ne vous inquiétez pas, je ne veux pas sauter le rang, je veux juste…

Je n’ai pas fini ma phrase. Erreur monumentale d’une vie !!

J’ai senti le ciel s’ouvrir sur ma tête et j’ai cru voir Zeus en personne me gronder. Un tonnerre tonitruant de protestation s’abattit sur moi. Je me suis retournée comme une guerrière pour affronter la horde en face. J’ai cru voir un troupeau de bergers allemand lancés à mes trousses. La ligne humaine qui patientait depuis des heures malgré elle a fait éclater sa rage. L’assaut était insoutenable. J’ai sorti le drapeau blanc.

« - Vous ne m’avez pas comprise, je… » Peine perdue !

 

« - ON S’EN FOUT !!!! VIENS FAIRE LA QUEUE ICI ! TU VEUX NOUS DOUBLER ? VOLEUSE LA !!! »

 

Des yeux rouges de colère, des visages brillant sous la chaleur fulminaient. J’ai détalé en moins de deux secondes.

De retour dans le bâtiment principal, la dame de l’accueil m’interpelle.

« Mademoiselle, vous arrivez à temps, voici la Directrice Commerciale. Elle va vous recevoir », dit-elle en me présentant la responsable du service.

La dame me fît un grand sourire tout en glissant dans une poubelle de bureau, un papier d’emballage tout plein de gras. Elle avait un morceau de spaghetti posé sur la lèvre inférieure et un bout de tomate coincé entre les dents. Elle m’a dit « On s’occupe de vous ? ».

 

Elle n’avait pas remarqué que derrière moi, une petite foule de musclés s’amassait. Ils étaient prêts à ouvrir la porte. C’est sûr, ils veulent ma peau ! Je me retourne vers la dame dans un élan de désespoir. La porte s’est ouverte. Crispée, j’ai fermé les yeux. Il y a eu comme un silence glacial dans ma tête…

Je suis foutue !

 

Légende

La CIE* : Compagnie Ivoirienne d’Electricité

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